Considérant les faits suivants :

  • Il faut de l'eau potable pour vivre.
  • L'eau potable de millions de personnes dans la région de Montréal vient du fleuve.
  • Enbridge vient de remettre en service, en l’inversant, son pipeline « ligne 9 » vieux de 40 ans pour transporter du bitume dilué de Sarnia (Ontario) à Montréal.
  • Le pipeline en question passe sous 5 rivières qui se jettent dans le fleuve, dont la rivière des Prairies, la rivière des Mille-Îles et la rivière des Outaouais.

On est en droit de se demander
« QUAND EST-CE QU'ON MEURT ? »

INSPECTIONS DÉFICIENTES

Enbridge s’appuie largement sur le système du « cochon intelligent » ou « inline inspection technology » (ILI) pour inspecter la ligne 9. Un appareil muni de senseurs électroniques parcourt l’intérieur du pipeline et recueille des données sur son état. Sauf que...

EXCAVATIONS, RÉPARATIONS… ET SURPRISES!

C’est en se basant sur les données collectées grâce à cette technologie qu’entre 2013 et 2014, Enbridge a prodécé à 989 excavations sur l’ensemble de la ligne 9 pour y réparer ce qu’elle daignait nécessaire.

On parle ici des pires sections, soit celles qui présentaient des craques dont la profondeur était d’au moins 50% de l’épaisseur du tuyau (la majorité du pipeline étant épaisse de 6.35 mm seulement).

La grande majorité des défauts identifiés lors des inspections ILI, des milliers, ont été laissés sous terre tel quels.

Et qu’en est-il des défauts qui n’auraient pas été détectés?

  • Entre 12 et 26% des défauts découverts sur les sections excavées du pipeline avaient échappé à la détection par ILI. Les craques plus petites que 1mm x 60mm ne peuvent pas être détectées par ILI, et d’autres qui dépassent ce seuil ont aussi été ignorées. Les craques détectées étaient généralement sous-estimées.
  • Endbrige a admis qu’il n’y a aucun outil de type ILI qui permette de détecter les défauts de corrosion minuscule (« pinhole corrosion »), qui ont pourtant causé d'importants déversements par le passé.
  • Lorsque Enbridge effectue des excavations, des fuites jusque-là inconnues sont souvent découvertes. Un agriculteur, notamment, a compris pourquoi des années plus tôt, ses vaches avaient toutes avorté, l’obligeant à vendre son troupeau.

DES TESTS HYDROSTATIQUES, MAIS TOUT JUSTE

Une pratique largement recommandée pour avoir un minimum d’assurance quant à l’étanchéité et à la solidité d’un pipeline consiste à recourir aux tests hydrostatiques, c’est-à-dire « remplir un pipeline d’eau et le pressuriser à un niveau qui dépasse sa pression normale de fonctionnement ».

L’ordonnance de l’ONÉ vise seulement trois sections, et non l’intégralité du pipeline de 639 km. Au Québec, la seule section concernée est un tronçon de 20 km autour de Mirabel.

La section de 3.5 km du pipeline qui passe sous la rivière des Outaouais n’a donc pas été sujette aux tests, même si les éléments d’usure connus s’y sont quintuplés entre 2012 et 2004, que la corrosion du pipeline y serait la plus avancée, et qu’une rupture à cet endroit provoquerait le déversement de 957 000 litres de pétrole en 13 minutes.

QUELQUES FISSURES OUBLIÉES

Après avoir reçu le feu vert de l’ONÉ, Enbridge a annoncé qu’elle allait procéder à de nouvelles excavations à partir du 2 novembre 2015, cinq en Ontario et trois au Québec.

Cela en dit long sur l’efficacité des inspections internes d’Enbridge. De même que sur l’ONÉ, qui autorisait la compagnie à procéder à la mise en service sans effectuer ces travaux de dernière minute. Rappelons qu’initalement, Enbridge comptait effectuer l’inversion du pipeline le 15 octobre 2014.

Les résidents de Terrebonne, notamment, ont réagi avec perpléxité et inquiétude. Le flou demeurait à savoir si les travaux allaient au moins être réalisés avant la remise en service du pipeline. (On apprendrait plus tard que la réponse est non - voir la section « ÇA COULE DÉJÀ » plus bas).

EN CAS D'URGENCE : ON PANIQUE ?

Selon une étude commandée récemment par la Communauté Métropolitaine de Montréal (CMM), un éventuel déversement du pipeline proposé Énergie Est de Transcanada, qui transporterait le même type de produit que la ligne 9 (mais avec un débit beaucoup plus grand) pourrait aller jusqu'à contaminer les prises d'eau potable d'une grande partie des 3.8 millions de résidants de la région de Montréal.

Au moment de l’autorisation donnée par Enbridge, plusieurs municipalités n’avaient toujours pas reçu d’Enbridge le plan d’urgence en cas de déversement.

Une simulation d’urgence / opération charme sur la ligne 9 pour bientôt ?

En septembre 2015, Enbridge a effectué une « pratique » de réaction d’urgence en cas de déversement, en réponse aux inquiétudes croissantes par rapport à la ligne 5 au Michigan. On peut arguer qu’il s’agissait d’abord d’un coup de pub.

En effet, si vous êtes Enbridge, les raisons de préférer les simulations d’urgence aux tests hydrostatiques intégraux sont évidentes :

  • Ça ne cause pas de délai dans l’opération du pipeline
  • Ça coûte VRAIMENT moins cher
  • C’est un excellent spectacle pour faire croire que vous vous souciez de la sécurité

6B, UNE JUMELLE GÊNANTE

Considérons la ligne 6B d'Enbridge, qui est presque identique à la ligne 9 de par son âge, sa construction et le fait qu’elle a été inversée pour transporter du bitume dilué.

En 2010, la ligne 6B a fendu. Plus de 3 millions de litres de bitume dilué se sont alors écoulés dans la rivière Kalamazoo.

La fuite a été découverte après 17 heures. Entretemps, les opérateurs d’Enbridge en Alberta ont essayé deux fois de redémarrer le système, croyant avoir affaire à un problème de pression.

Le nettoyage de la rivière s'est étalé jusqu'en 2014 et a coûté 1.2 milliards $ US, sans compter la supervision qui perdure.

Une agence fédérale américaine a déterminé que cette catastrophe aurait pu être évitée: Enbridge savait depuis des années que cette section était vulnérable mais n’a jamais agi en conséquence.

ETC

En 2013, un ingénieur a été congédié parce qu’il a refusé d’apposer sa signature sur les devis d’Enbridge pour l’oléoduc, jugeant que la compagnie utilisait des standards dépassés qui augmentaient les risques liés au projet.

Sur son site web, Enbridge indique qu’elle a transporté près de 14 milliards de brut avec un taux de sécurité de 99.9993% dans la dernière décennie.

  • Si on applique ce ratio aux 300 000 barils par jour que transporterait la ligne 9, on peut déduire que 766.5 barils ou 121 863.8L, en moyenne chaque année, s’écouleraient de la ligne 9 dans l’environnement. On est loin de la note parfaite réclamée par le maire Coderre.

En moyenne, plus de 73 déversements par année surviennent sur le réseau d’Enbridge.

Des citoyen-nes inquièt-es réclament toujours l’installation d’une valve en amont de la rivière des Outaouais.

APPROUVÉ PAR L'ONÉ

Le 30 septembre 2015, sans tambour ni trompette, l’ONÉ a validé les résultats des tests hydrostatiques et a donné le feu vert final à la mise en service de la ligne 9. Tout le monde n’est pas rassuré.

ÇA COULE DÉJÀ!

Les tarifs du brut qui sera acheminé par la ligne 9 sont entrés en vigueur le 14 novembre. On pouvait donc s’attendre à ce que les nouvelles excavations et la mise en service soient faites rapidement, d’autant plus que Suncor s'attendait à ce que du brut atteigne sa raffinerie de Montréal via la ligne 9 d'ici la fin de l'année.

Le 22 novembre 2015, Enbridge annonçait par communiqué que l'inversion se ferait d'ici la fin novembre.

Le 30 novembre 2015, Enbridge annonçait que l'inversion est chose faite et qu'un premier navire transportera du bitume léger de Montréal-Est jusqu'à Lévis au début du mois de décembre.

Par contre, il semble que les nouvelles excavations n'aient pas toujours pas été faites. Enbridge se défend sur ce point en parlant de « travaux d'entretien continu du pipeline ».

PAR OÙ ÇA PASSE?

QUE FONT LES INSTANCES?

LES GENS QUI AGISSENT OU ONT AGI

LIENS

Dernière mise à jour le 26 novembre 2015