Considérant les faits suivants :

  • Il faut de l'eau potable pour vivre.
  • L'eau potable de trois millions de personnes dans la région de Montréal vient du fleuve.
  • Enbridge vient de remettre en service, en l’inversant, son pipeline « ligne 9 » vieux de 40 ans pour transporter du bitume dilué de Sarnia (Ontario) à Montréal.
  • Le pipeline en question passe sous 5 rivières qui se jettent dans le fleuve, dont la rivière des Prairies, la rivière des Mille-Îles et la rivière des Outaouais.

On est en droit de se demander
« QUAND EST-CE QU'ON MEURT ? »

UN AN DE TROP!

Un an déjà que la ligne 9 est remise en activité. Misère!
Participez à une LONGUE marche pour réchauffer la mémoire et l'énergie collectives!

L'EAU POTABLE EN PÉRIL

En clair, la ligne 9 d'Enbridge menace l'eau potable...

Selon une étude commandée par la Communauté Métropolitaine de Montréal (CMM), un éventuel déversement du pipeline proposé Énergie Est de Transcanada, qui transporterait les mêmes types de produits que la ligne 9 sur un tracé semblable (mais avec un débit beaucoup plus grand) aurait le potentiel de contaminer les prises d'eau potable d'une grande partie des 3.8 millions de résidants de la région de Montréal.

Des enseignant-e-s en traitement de l’eau ont averti qu’il n’y a « pas de plan B » pour l’approvisionnement de Montréal en eau potable dans l’éventualité d’un déversement majeur d’hydrocarbures. La majorité des stations de purification de la région métropolitaine n'ont aucune prise d'eau de rechange, et n'auraient de réserves que pour 12 à 16 heures.

HAUT RISQUE DE RUPTURE

Richard Kuprewicz, expert international en sécurité d'oléoducs a tiré les conclusions suivantes : (repris tel quel d'Équiterre)
  • Il y a risque élevé de rupture de l'oléoduc no 9 peu d'années après la mise en œuvre du projet en raison de fissures et de corrosion.
  • L’approche d'Enbridge quant à la gestion de sécurité de cet oléoduc n'empêchera pas qu'il y ait rupture dans les conditions opérationnelles découlant de la mise en œuvre du projet.
  • Si rupture il y avait, le système de détection de fuites et les plans d'intervention d’urgence d'Enbridge sont inadéquats. Il faudrait jusqu’à quatre heures pour l’amorce d’une intervention d'urgence pour les régions métropolitaines de Toronto et de Montréal. Les délais d'intervention sont inadéquats dans des zones pareilles où les conséquences pourraient s'avérer importantes, par exemple dans les zones densément peuplées le long du pipeline no 9.
En 2013, un ingénieur a été congédié parce qu’il a refusé d’apposer sa signature sur les devis d’Enbridge pour l’oléoduc, jugeant que la compagnie utilisait des standards dépassés qui augmentaient les risques liés au projet.

INSPECTIONS DÉFICIENTES

Enbridge s’appuie largement sur le système du « cochon intelligent » ou « inline inspection technology » (ILI) pour inspecter la ligne 9. Un appareil muni de senseurs électroniques parcourt l’intérieur du pipeline et recueille des données sur son état. Sauf que...

EXCAVATIONS, RÉPARATIONS… ET SURPRISES!

C’est en se basant sur les données collectées grâce à cette technologie qu’entre 2013 et 2014, Enbridge a prodécé à 989 excavations sur l’ensemble de la ligne 9 pour y réparer ce qu’elle daignait nécessaire.

On parle ici des pires sections, soit celles qui présentaient des craques dont la profondeur était d’au moins 50% de l’épaisseur du tuyau (la majorité du pipeline étant épaisse de 6.35 mm seulement).

La grande majorité des 12961 défauts identifiés par ILI ont été laissés sous terre tel quels.

Et qu’en est-il des défauts qui n’auraient pas été détectés?

  • Entre 12 et 26% des défauts découverts sur les sections excavées du pipeline avaient échappé à la détection par ILI. Les craques plus petites que 1mm x 60mm ne peuvent pas être détectées par ILI, et d’autres qui dépassent ce seuil ont aussi été ignorées. Les craques détectées étaient généralement sous-estimées.
  • Endbrige a admis qu’il n’y a aucun outil de type ILI qui permette de détecter les défauts de corrosion minuscule (« pinhole corrosion »), qui ont pourtant causé d'importants déversements par le passé.
  • Lorsque Enbridge effectue des excavations, des fuites jusque-là inconnues sont souvent découvertes. Un agriculteur, notamment, a compris pourquoi des années plus tôt, ses vaches avaient toutes avorté, l’obligeant à vendre son troupeau.

DES TESTS HYDROSTATIQUES, SAUF QUE NON

Une pratique largement recommandée pour avoir un minimum d’assurance quant à l’étanchéité et à la solidité d’un pipeline consiste à recourir aux tests hydrostatiques, c’est-à-dire « remplir un pipeline d’eau et le pressuriser à un niveau qui dépasse sa pression normale de fonctionnement ».

L’ordonnance de l’ONÉ vise seulement trois sections, et non l’intégralité du pipeline de 639 km. Au Québec, la seule section concernée est un tronçon de 20 km autour de Mirabel.

La section de 3.5 km du pipeline qui passe sous la rivière des Outaouais n’a donc pas été sujette aux tests, même si les éléments d’usure connus s’y sont quintuplés entre 2012 et 2004, que la corrosion du pipeline y serait la plus avancée, et qu’une rupture à cet endroit provoquerait le déversement de 957 000 litres de pétrole en 13 minutes.

Peu avant la remise en service du pipeline, des citoyen-nes inquièt-es réclamaient toujours l’installation d’une valve en amont de la rivière des Outaouais.

6B, UNE JUMELLE GÊNANTE

Considérons la ligne 6B d'Enbridge, qui est presque identique à la ligne 9 de par son âge, sa construction et le fait qu’elle a été inversée pour transporter du bitume dilué.

En 2010, la ligne 6B a fendu. Plus de 3 millions de litres de bitume dilué se sont alors écoulés dans la rivière Kalamazoo.

La fuite a été découverte après 17 heures. Entretemps, les opérateurs d’Enbridge en Alberta ont essayé deux fois de redémarrer le système, croyant avoir affaire à un problème de pression.

Le nettoyage de la rivière s'est étalé jusqu'en 2014 et a coûté 1.2 milliards $ US, sans compter la supervision qui perdure.

Une agence fédérale américaine a déterminé que cette catastrophe aurait pu être évitée: Enbridge savait depuis des années que cette section était vulnérable mais n’a jamais agi en conséquence.

ENBRIDGE, DÉSASTRE AMBULANT

EN CAS D'URGENCE : PAS DE PLAN

Enbridge a refusé de partager ses plans détaillés de mesures d'urgence pour les intervenants de première ligne de la MRC de Vaudreuil-Soulanges, malgré une demande d'accès à l'information de cette dernière.

La compagnie n'a pas plus donné suite à la demande des municipalités de les tenir informées des anomalies sur le pipeline et des produits qui vont y circuler, pour être mieux préparées à un éventuel déversement (confinement, évacuation, etc.). Pourtant, L'ONÉ exige des programmes de gestion des situations d'urgence.

Au moment de l’autorisation donnée à Enbridge par l'ONÉ, plusieurs municipalités n’avaient toujours pas reçu d’Enbridge le plan d’urgence en cas de déversement.

APPROUVÉ PAR L'ONÉ

Le 30 septembre 2015, sans tambour ni trompette, l’ONÉ a validé les résultats des tests hydrostatiques et a donné le feu vert final à la mise en service de la ligne 9. Ce qui a suscité bien des inquiétudes.

QUELQUES FISSURES OUBLIÉES

Après avoir reçu le feu vert de l’ONÉ, Enbridge a annoncé qu’elle allait procéder à de nouvelles excavations à partir du 2 novembre 2015, cinq en Ontario et trois au Québec.

Cela en dit long sur l’efficacité des inspections internes d’Enbridge. De même que sur l’ONÉ, qui autorisait la compagnie à procéder à la mise en service sans effectuer ces travaux de dernière minute. Rappelons qu’initalement, Enbridge comptait effectuer l’inversion du pipeline le 15 octobre 2014.

Les résident-e-s de Terrebonne, notamment, ont réagi avec perpléxité et inquiétude. Le flou demeurait à savoir si les travaux allaient au moins être réalisés avant la remise en service du pipeline. (On apprenait plus tard que la réponse est non - voir plus bas).

MISE EN FONCTION ET CE QUI S'ENSUIT

Le 21 novembre 2016, le Devoir nous apprend que depuis son inversion, le pipeline 9B a subi des réparations à 63 reprises, dont 22 fois au Québec. Pour obtenir ces informations, le journal a du faire des demandes répétées à l'ONÉ et démêler les données finalement reçues.

PAR OÙ ÇA PASSE?

LES DANGERS DU BITUME DILUÉ

Le bitume dilué, produit pétrolier issu des sables bitumineux qui fait partie des produits transportés par la ligne 9, est plus toxique et plus nocif pour l'environnement que le pétrole conventionnel.
  • En cas de déversement, il laisse s'échapper dans l'air les solvants chimiques et cancérigènes qui lui permettaient de mieux circuler dans un oléoduc, alors que le bitume restant coule au fond de l'eau.
  • Le raffinage du bitume dilué génère un résidu à haute teneur en soufre, le «petcoke». Lorsque brûlé, ce résidu émet plus de polluants atmosphériques nocifs pour la santé que le charbon et jusqu'à 80% plus de CO2. Sur les berges de la rivière de Détroit où du bitume dilué est raffiné, on peut déjà voir des montagnes de «petcoke» exposées au vent et à la pluie.

Une multitude de problèmes de santé dus au raffinage et à la pollution de l'air pourraient en découler.

CHANGEMENTS CLIMATIQUES

En transportant 300 000 barils par jour, l'inversion de la ligne 9 d'Enbridge permettra une expansion de la production des sables bitumineux de l'ordre de 12%. Ce qui entraînera « la production de 7,9 mégatonnes de nouvelles émissions de gaz à effet de serre (GES), soit l’équivalent de 1 650 000 voitures supplémentaires sur nos routes. »

UN PROJET COLONIALISTE

Suivant la logique coloniale habituelle sur laquelle ce soi-disant pays s'est construit, les communautés autochtones sont les premières affectées par ce projet de pipeline. Elles sont aussi les premières à se lever pour le combattre.

Le point de départ de la ligne 9 est Sarnia. Or la communauté d'Aamjiwnaang, près de Sarnia, est entourée par plusieurs raffineries et usines au coeur de la tristement nommée “Chemical Valley”, qui regroupe 40% de toute l'industrie chimique du soi-disant Canada. La qualité de l'air y compte parmi les pires en Amérique du Nord. La communauté est donc forcée de composer avec cet environnement apocalyptique et avec les problèmes de santé sévères qui en découlent. Chaque année, le Toxic Tour propose une visite des lieux pour exposer le racisme environnemental qui s'exerce à Aamjiwnaang. Pour en savoir plus, suivez ASAP : Aamjiwnaang and Sarnia Against Pipelines.

Le 30 novembre 2016, la Première nation des Chippewas de la Thames affrontera le gouvernement fédéral devant la Cour suprême du Canada, au sujet de la ligne 9. Elle souhaite faire valoir qu'elle n'a pas été consultée avant l'approbation du projet par l'ONÉ. Le pipeline traverse la rivière Thames, une importante source d'eau potable pour la communauté. Une victoire pourrait avoir des répercussions immenses dans la lutte contre ce pipeline et pour le respect des droits des autochtones.

QUE FONT LES INSTANCES?

LES GENS QUI AGISSENT OU ONT AGI

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Dernière mise à jour le 25 janvier 2015